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Témoignage d’Imane

Episode 1 du Podcast de l’ascenseur social – Imane

Interview d’Imane, qui a pris l’ascenseur social

Résumé

Imane a 23 ans et viens d’Orléans. Elle a décider de réussir et a entrepris des études en droit, malgré les réticences de sa famille.

Ecoutez son parcours, c’est très inspirant !

Ci dessous le témoignage ascenseur social d’imane en podcast :

Retranscription complète de l’entretien

Bienvenue dans le podcast l’ascenseur social

Dans ce podcast nous partons à la rencontre de personnalités inspirantes qui ont pris l’ascenseur social

Vous pouvez retrouver ces témoignages sur le site www.ascenseursocial.org

Ou vous abonner à ce podcast

Bonne écoute à vous

Bonjour imane, est ce que vous pouvez vous présenter ?

Qui êtes-vous ? que faites-vous dans la vie ?

Je m’appelle Imane, J’ai vingt-trois ans, je suis originaire de la région centre de la ville d’Orléans

et je suis actuellement en master de droit du numérique et sciences de l’informatique et également juriste en apprentissage dans le domaine de la propriété intellectuelle et la protection des données.

D’accord ok,

Est-ce que vous pouvez nous dire ce que faisait ou ce que font vos parents ?

Alors ma mère elle était employé de pressing et dernièrement elle est assistante maternelle et mon père ne travaillent pas.

D’accord

Est-ce que vous aviez des personnes dans votre entourage qui vous ont aidé à prendre l’ascenseur social ?

Alors donc en fait je suis issu d’une zone d’éducation prioritaire (ZEP)

J’étais dans un lycée où il y avait tout type l’élève qui étaient mélangés avec des très bons élèves comme personne un peu moins bonnes à l’école

Et j’ai eu notamment une ou deux professeurs qui en fait me disait

Bah ce que tu fais c’est bien c’est pertinent. En essayant de me faire comprendre qu’il y avait un enjeu derrière l’école et qu’il fallait que je saisisse cet enjeu là pour essayer de m’en sortir avec ça

D’accord okay

Donc c’est ces professeurs là en fait qui vous ont besoin un peu aidé et qui vous ont apporté le déclic pour continuer vos études

Oui totalement

D’accord

Et justement en parlant des études, comment ça s’est passé au collège et lycée ?

Est ce que vous pouvez nous raconter un petit peu les orientations vous avez prise ? Est-ce que vous étiez une bonne élève ? une moyenne élève ?

Alors moi ça a été par rapport à ça…

C’est vrai que j’ai jamais senti le poids de l’école parce que pour moi l’école j’aimais beaucoup ça et je ne travaillais pas forcément.

Jusqu’à la fin de mon collège, je ne me souviens pas avoir spécialement travailler par rapport à mes devoirs.

C’est vrai que j’avais des facilités, notamment au collège, j’étais tout le temps la première ou la deuxième de la classe.

Ça fait un peu plus corsé quand on est arrivé au lycée, parce que mon lycée est un très très grand lycée qui accueille pas mal de formations

Quand je suis arrivé en seconde, c’est vrai que j’ai senti qu’il y avait un espèce de décalage, pour moi élève qui a toujours été en zone d’éducation prioritaire, avec des élèves, qui pour le coup, avaient des parents qui était un peu plus attentif par rapport à ça.

Et du coup, c’est vrai que je voyais que j’avais des lacunes à combler donc j’essayais tant bien que mal de combler mes lacunes

Sauf qu’en fait être le premier des nuls c’est pas pareil que quand on est le plus nuls des mauvais,

Donc j’étais pas nulle, j’avais quinze et demi de moyenne à peu près

mais en fait j’avais un problème avec l’assiduité donc j’allais pas à l’école et je comprenais pas l’intérêt de l’école en fait

Donc j’ai eu un contrat un contrat d’assiduité et de comportement

J’avais pas de problème de comportement mais j’ai vraiment un problème d’assiduité

J’ai demandé à passer en S car je savais pas quoi faire de ma vie

On m’a toujours dit que la S ça ouvre toutes les portes et que c’est avec ça que j’allais réussir ma vie

Donc je suis allé en S

Le premier semestre, vu que je n’étais pas habitué à fournir des efforts de travail ben j’ai eu onze et demi de moyenne

sauf que j’ai notamment un professeur de physique qui m’a dit

Je sais que vous pouvez faire mieux, donc en fait si vous faites pas mieux, au deuxième trimestre je vous envoie en ES

Et en fait, vu que toute ma famille qui n’avait pas fait d’études et croyez au mythe de la S

On me mettait la pression pour que je reste en S donc j’ai travaillé

J’avais augmenté à peu près à 13,5 de moyenne donc je suis resté en S

Et puis sont arrivés les coef

Et quand on est pas habitué à apprendre des formules, ou qu’on veut pas spécialement faire des efforts parce qu’on n’aime pas forcément les matières

Ben, j’ai eu mon bac mais vu que j’avais des problèmes d’assiduité… J’ai eu avec 11,93 et j’ai pas eu une mention

Et en fait en regardant les résultats du bac, que je ne pensais que j’aurais pas, et que beaucoup pensaient que je n’aurais pas

Je me suis rendu compte que j’avais des dix-neuf en philo, j’avais eu, je crois, 20 en espagnol

Enfin j’avais des facilités en lettres et en sciences humaines

Et du coup, j’ai une professeure, la même, encore, qui m’a dit,

Vous savez quoi : Vous devriez postuler pour des formations dans les matières ou vous êtes douées, en langues ou en sciences humaines

et du coup j’ai postulé pour un double diplôme en droit et licence de langue en anglais.

et du coup je suis parti à la faculté de Tours

où j’ai pu suivre ce double parcours et qui m’a beaucoup plus

Et ensuite j’ai voulu parfaire mon anglais et du coup je suis parti un an aux Pays Bas à La haye University pour faire du droit international européen donc un master 1

et ensuite

J’avais déjà découvert en fait tout ce qu’était le monde du numérique, Les blockchains etc…

et ça m’intéresse beaucoup

Donc j’ai voulu continuer dans un master qui fait du droit et de l’informatique

Et sinon, en terme d’adaptabilité, ça a été dur au début à la fac parce que forcément il y a codes qu’on a pas

On se retrouve dans un milieu qui nous est pas forcément familier, avec des visages qui sont pas forcément familier

Mais après je suis quelqu’un qui est assez ouverte d’esprit et qui parlent facilement aux gens

Donc on va dire que j’ai fait un peu de mimétisme au début

Et puis, j’ai laissé transparaître ma personnalité et je me suis rendu compte qu’être différent c’’était aussi une force, parce qu’on ne porte pas de la même façon.

D’accord Génial

J’aimerais approfondir deux trois petits points

Justement sur l’orientation en fait, comment comment vous avez fait ?  

C’est vraiment juste cette professeure ? Est ce que vous vous étiez renseigné ? C’est quelque chose d’assez compliqué quand même l’orientation quand on ne vient pas d’un milieu qui connais les codes, comme vous dites ?

Totalement !

Ben moi il faut savoir que de base, on voulait m’orienter en fait en BTS.

Donc en fait, j’ai mes professeurs qui me disait faites un BTS faites un BTS

Sauf que quand je me renseignais, et c’est là où je me dis que « Merci  il y avait internet de mon temps »

C’est que quand je me renseignais par rapport à l’insertion professionnelle je me rendais compte que c’était pas ce que je voulais

En fait je voulais vraiment un métier où je sais que j’aurai une utilité

J’ai toujours voulu faire avocate et en fait vu que je m’auto-censurais beaucoup je me disais que j’y arriverais pas forcément.

Et en fait au final, en allant sur Internet, en regardant des profils, des vidéos, pleins de choses…

Je me suis rendu compte qu’en fait, ben j’étais pas forcément… j’étais pas plus bête que les autres quoi

Et puis si les autres y est arrivé, il y a pas de raison que j’y arrive pas

Et du coup, c’est pour ça que je me suis orienté vers ça

C’était vraiment… En fait j’étais quelqu’un qui écoutaient pas

déjà juste quand je voyais qu’en cours, le professeur il répétait stricto sensu tout ce qui était dans le manuel

J’avais pas forcément envie d’écouter je comprenais pas l’intérêt

donc non, c’est vrai que j’ai eu cette chance en fait, de à me détacher de ce que les professeurs ou autres personnes négatives pouvaient me dire

D’accord ok, génial et bravo

Vous avez parlé de la fac de tour

Et je sais que généralement, c’est pas forcément évident parce que vous habitez … votre famille est à Orléans, c’est ça ?

C’est ça oui

Comment enfin, comment vous avez pu arriver à financer ? – alors vous répondez si vous avez envie- mais ça peut intéresser les personnes qui souhaitent qui souhaite réussir et qui souhaitent potentiellement bouger de ville pour faire des diplômes qui les intéresse 

Ben moi de toute façon les options payantes, elles étaient pas envisageable donc c’était la fac ou rien

et pour payer ben forcément… quand on est l’ainée de 5 enfants … on va pas aller demander à papa maman pour qu’il nous finance les études

Donc j’avais passé en fait mon bafa depuis mes dix-sept ans

Et vu que j’aimais pas trop de l’école, en fait, je travaillais déjà comme animatrice depuis mes dix sept ans

Donc en fait toutes mes vacances je les passais comme animatrice

et du coup c’est comme ça que j’ai pu mettre un peu d’argent de côté

Et aussi l’été j’avais travaillé comme animatrice et femme de ménage le soir

pour pouvoir justement, payer ma caution, mettre un peu de côté et pouvoir payer ma première année de droit sans travailler.

D’accord

Et j’avais eu la bourse aussi quand même… c’est une chose qui est importante sur le plan financier

Qui aide un peu, c’est clair

Et vous vous avez aussi parlé de codes qu’on n’a pas quand vous êtes arrivé à l’université ?

Est ce que vous pouvez nous éclairer un petit peu sur ses codes ?

Oui c’est des codes sociaux, moi ce que j’appelle des codes sociaux

c’est à dire que quand on est habitué – après je veux pas faire de clichés – parce que… on va dire que je déteste ce cliché là, de dire on est issue de banlieue, voilà c’est la petite fille de banlieue qui a réussit …

Pas du tout ! Parce qu’au final,  quand on regarde dans les banlieues, dans les quartiers, il y a beaucoup de personnes qui sont bourrés talent et qui réussissent de manière multiples et diverses, et me concernant j’avais pas de dons particuliers donc c’était l’école ou rien

Et on va dire que j’ai réussi à avoir un diplôme

Mais il y avait pas … il y’a pas de réussite particulière

Maintenant concernant les codes, comme je disais, c’est social, on a une manière de se comporter, on a une manière de parler

Donc moi je me souviens que quand j’étais arrivé en droit, la première chose qu’on a pu me dire, c’est : quand on te voit on ne sait pas d’où tu viens mais quand tu parles on comprend direct

Et ça ça m’a mis la puce à l’oreille. Je me suis dit mais en fait ta manière de parler …

T’as des tics de langage qui sont pas commun, enfin qui sont pas commun à ce milieu là.

Et en fait j’étais beaucoup sur la réserve. Du coup je parlais pas trop au début quand j’étais en cours et du coup je me suis un peu imprégné en regardant comment les gens parlaient, les codes qu’ils avaient…Voilà

J’ai réussi quand même à trouver une ou deux personnes aussi qui était un peu comme moi donc ça a facilité les choses

Vous vous êtes adapté…

Exactement

Je pense que c’est le maître mot de toute… de toute cette situation

Je pense qu’il faut faire preuve d’adaptabilité

D’accord

Si On devait parler, d’une chose ou de deux trois choses, en fait, qui selon vous, vous ont permis de justement de prendre l’ascenseur social

Ça serait lesquelles ?

Alors prendre l’ascenseur social… Alors pour vous, vous estimez que l’ascenseur social  est pris une fois qu’on atteint un certain niveau d’études ? ou un certain emploi ?

Alors c’est aussi un niveau d’étude.

C’est… alors effectivement, normalement l’ascenseur social, si on va plus loin – entre guillemets – c’est quand au moins on était dans un milieu populaire et on atteint le revenu médian, c’est … ce qui est déjà pas mal

Et là actuellement vous êtes pas dans le revenu médian… mais vous vous allez forcément l’avoir

J’aspire à ce revenu médian, du moins je l’espère après cinq années à la fac Mais on va dire que franchement il faut pas désespérer

Pour revenir à ce que vous disiez sur l’argent. C’est vrai que c’est pas forcément facile parce que parfois il faut qu’on sacrifie certains de nos résultats pour aller travailler et mettre un peu d’argent de coté

Et une fois qu’on a travaillé on n’a pas forcément l’énergie pour aller réviser pour nos partiels qui parfois sont très lourd…

Me concernant, j’étais en double parcours donc c’était énorme !

J’avais une licence de droit et une licence de langue

J’avais beaucoup beaucoup de travail à fournir et, il faut juste pas se décourager

Il faut se dire que peu importe en fait le temps que ça prendra pour y arriver

Si on a un but et ben faut fournir le travail…, faut fournir le travail demandé tout simplement

Et puis si on n’est pas à la hauteur faut aussi avoir le

il faut avoir la …

comment dire …

Il faut être assez humble pour dire que ben on y arrive pas et que forcément il y a quelque chose qui va pas

Et réussir aussi se remettre en question parce que malheureusement ça c’est quelque chose qui pèche chez beaucoup de personnes

Il faut arrêter de remettre la faute sur les autres et être dans de la victimisation.

Moi personnellement, j’en ai beaucoup appris, que ce soit sur moi-même, ou sur ma manière de travailler.

Et du coup même si des fois j’ai pas envie de travailler parce que forcément on a une baisse de motivation parce que le résultat il arrive pas tout de suite …

Je me dis : C’est un investissement à long terme

Et puis… et puis on apprend des choses aussi pour le plaisir d’apprendre Voilà

C’est pour ça que j’ai choisi cette voie là

Parfait !  Quels sont les défis auxquels vous avez dû faire face du fait de votre milieu social d’origine Et comment les avez-vous surmontés ?

Alors.. moi je dirais que déjà quand on est une femme, c’est encore différent

Quand on est une femme, qu’on est issu de banlieue et qu’en plus déjà on a des origines notamment maghrébines

Je parle parce que de ce dont je connais en tout cas

C’est l’objectif du témoignage

Oui il faut faire preuve on va dire de détermination, de patience et surtout pas baisser, pas bosser euh, baissé ses ambitions, ne pas revoir ses ambitions à la baisse

Parce que si on est convaincu d’une chose que la chose qu’on veut on l’a veut plus que tout il y a pas de raison Je veux dire…

Après il y aura forcément des facteurs extérieurs

On sait pas de quoi est fait … peut-être qu’aujourd’hui on va être avocat demain on sera magistrats Enfin Je veux dire, il y a aucune raison, mais vraiment aucune raison, qu’on y arrive pas si on s’en donne les moyens

Et voilà … Je pense que ce qu’il faut, c’est s’répéter ça en boucle dans sa tête, et même si on en a marre, si on a envie de tout lâcher… on se repose et on reprends.

On continue

Génial

Comment avez vous expliquez à votre entourage vos choix d’études ? Et est ce qu’ils les ont compris ?

Dans un premier temps faut savoir…

Enfin moi dans ma famille, ils ont fait du côté de mon père en tout cas, ils étaient beaucoup plus scientifiques

Du coté de ma mère, ils ont pas fait d’études, mais du coté de mon père il y a des professeurs et un ingénieur donc il a fait beaucoup de science

Sauf que les sciences c’était pas pour moi, donc déjà fallait que je leur explique les sciences il y avait pas que ça dans la vie

Et ensuite… ensuite ensuite

Au bout d’un moment il faut assumer ses choix je pense tout simplement

Genre si on veut faire des études de droit et ben on fait des études de droit et c’est tout

C’est comme ça et pas autrement

C’est pas comme s’il y avait mort d’homme

Je pense que si on s’inscrit à la fac faudrait pour aller étudier… Au contraire les parents ils doivent être fiers

Ben au début ils comprennent pas forcément parce qu’il voit pas le résultat

Et puis une fois qu’il voient le résultat ils sont contents donc voilà faut être patient

Super

Et enfin dernière question

Quel conseil donneriez vous aujourd’hui à un jeune qui a envie de réussir ?

Alors c’est un conseil qui va pas forcément plaire à certains de nos dirigeants

Mais allez y

Moi je dis qu’il y a un système et tout système a des failles

Donc j’estime qu’il n’y a pas besoin de se mettre dans des cases et que pour ma part je me suis jamais mis dans une case …que j’ai pas été forcément…

J’ai pas forcément été major de promotion mais il y a eu un système

J’ai vu des failles dans système, j’ai vu la manière dont il fonctionnait

Je voyais que en faisant preuve de motivation, en parlant d’une certaine manière, je pouvais obtenir ce que je voulais

Donc j’ai appris à parler de cette manière là

J’ai appris à aller demander les informations aux bonnes personnes

donc je retiendrai de tout ça trois choses

bien s’entourer

ne pas hésiter à demander des informations

et croire en soi et ça c’est la dernière… je pense que le dernier pour c’est plus important … c’est croire en soi parce qu’il y aura personne qui croira votre… qui croira en vous à votre place

Et euh

il y a beaucoup de personnes qui sont partis de rien et on se demande comment elles y sont arrivés aujourd’hui … tout simplement parce qu’elles ont crus en leur projet,  et que elles y ont crus jusqu’au bout

Imane

Merci beaucoup pour ce témoignage vraiment très inspirant

c’est… c’était un très beau témoignage et on vous souhaite encore une très très belle réussite pour tous vos projets futurs

Merci beaucoup à toutes les autres personnes qui écouteront ce témoignage également

Voilà… que des messages positifs

Merci beaucoup

Bravo vous avez écouté cet épisode jusqu’à la fin

Partagez le autour de vous et notez le cinq étoiles sur les différentes plateformes comme itunes, deezer etc… pour le diffuser auprès du plus grand nombre

Si vous souhaitez en savoir plus sur cet épisode, notre invité ou l’association l’ascenseur social

Contactez nous via le formulaire de contact sur le site www.ascenseursocial.org

A bientôt pour un prochain épisode

Prochain épisode : Témoignage de nicolas

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